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un livre sur bernard kouchner et ses relations franco-africaines

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un livre sur bernard kouchner et ses relations franco-africaines

Message par le passant le Mer 25 Fév - 10:19

Affaire Kouchner : l’humanitaire en perdition.
Pierre Péan épingle le « French doctor ».

Le dernier livre Pierre Péan, journaliste d’investigations spécialisé notamment dans les relations troubles franco-africaines , Le Monde selon K, est une enquête à charge contre Bernard Kouchner. Le plus célèbre « French doctor », l’un des fondateurs de Médecins sans Frontières (MSF), est aujourd’hui ministre des Affaires étrangères du président Nicolas Sarkozy.



Le Monde selon K peut se lire comme un portrait « idéologique » de Bernard Kouchner, l’icône de l’humanitaire, le plus populaire des hommes politiques français, selon les sondages, mais qui n’a jamais été élu député (trois échecs aux législatives au compteur du suffrage universel), à la différence de son « modèle », l’Abbé Pierre. De même, selon Pierre Péan, il ne ressemble en rien au docteur Schweitzer de Lambaréné au Gabon… Caracolant avec les décennies et les continents, l’auteur brosse à la volée le parcours de l’ex-french doctor en chef, inventeur autoproclamé (selon Péan) du Droit d’ingérence, expert reconnu de la communication humanitaire.



Vive la Françafrique ?

L’aventure humanitaire de Kouchner commence au Biafra, durant la guerre civile qui ravage le Nigeria. La sécession d’Ojuku, leader des Ibos de cette région pétrolière bénéficie de « l’appui clandestin » de l’Espagne du Caudillo Franco, le briseur des « Brigades internationales » auxquels participa André Malraux (voir son roman L’Espoir). L’épopée humanitaire, médiatisée par la suite le French doctor Kouchner, nait ainsi le 17 juillet 1968 avec cette phrase du général De Gaulle à Jacques Foccart, son secrétaire général des affaires africaines et malgaches, l’un des ancêtres de la « Françafrique » : (page 48). Les futurs humanitaires, dont Bernard Kouchner, « ont emprunté des avions qui transportaient » des armes en provenance du Gabon et de Côte-d’Ivoire… » Selon Pierre Péan, le « bon Docteur » est déjà à cette époque engagé dans « l’humanitaro-militaire » : donner des armes aux Biafrais qui sont victimes d’un « génocide », mot-clé de la communication humanitaire du Guerrier de la Paix Kouchner. Reprenant la « loi du tapage » de l’abbé Pierre, il invente le « tapage médiatique » :« l’humanitarisme », le « Tout-humanitaire ». Il découle une logique propre au simplisme « binaire ». La complexité y est bannie. Adieu la morale minimum : « ne pas trier les victimes » ; et surtout l’impératif catégorique éthique, « on sait ce qu’est le Mal, mais on ne sait pas ce qu’est le Bien ».

Des dérives du fameux « tapage médiatique »accoucheront la mémorable scène du « sac de riz »à l’épaule de Bernard Kouchner en Somalie, en 1993. C’est le triomphe de la communication humanitariste émotionnelle. « Soigner et Témoigner », étrange application de ce slogan originel phare des « Biafrais »à l’origine de la création de Médecins sans Frontières. Mais l’émotion est par essence passagère. D’où le besoin de renouveler en permanence l’image afin de tenir en haleine le public. L’humanitaire vire alors au sensationnalisme. Mais, tout est une affaire de cœur. De communication !

Pierre Péan soutient que Kouchner ne s’intéresse que « tardivement » au génocide au Rwanda, en 1994 : « pas assez médiatisé ». Ce pays semble être son désaccord fondamental avec l’« ex-French doctor » et ses amis qu’il accuse de « salir la France », de « cosmopolitisme anglo-saxon, d’appartenir à « l’Anti-France » (vocabulaire douteux) à travers leur mise en exergue du comportement de l’armée française durant le génocide en 1994. En guise de réplique, l’auteur cite le général Dallaire, le patron des Casques bleus s’adressant à Kouchner : « Pas question d’exporter des enfants rwandais, qu’ils soient orphelins au pas (sic). On ne pouvait s’en servir comme porte-enseignes pour quelques Français qui se sentent un peu coupables du génocide ». Selon Pierre Péan : « ces lignes font immanquablement penser à l’affaire de l’« Arche de Zoé ». Puis, il enchaine sur le Soudan, le Darfour, le « premier génocide du XXIe siècle » selon l’ « ex-French doctor ». Une opération de « matraquage médiatique » planétaire selon l’auteur. Et Thierry Breteau, le maître d’œuvre de l’Arche de Zoé, serait selon Pierre Péan un émule de Kouchner. C’est l’Humanitaire en perdition…

L’Afrique au cœur : l’argent n’a pas d’odeur

En Afrique, l’humanitarisme mène a tout à condition d’en sortir. La détresse et la souffrance des victimes deviennent un fond de commerce. Les Euros dissolvent l’éthique humanitaire. En effet, l’argent n’a pas d’odeur…Ni des victimes, ni des bourreaux… Le fric, c’est le fric. L’humanitarisme, comme le cynisme doit aussi venir du cœur. Comme en témoigne les contrats faramineux, révélé par Pierre Péan, de 1 735 916 870 CFA, soit 2.46.388 euros avec le Gabon et de 1 800 000 euros avec le Congo, pour la mise en place d’un système d’assurance-maladie dans ces deux pays et de réhabilitation du CHU de Brazzaville.

Le consultant International Bernard Kouchner auprès de la société « IMEDA » (International Médical Alliance) dont l’objet social résume bien toute son projet : « participer à la mise en place des systèmes de santé en Afrique ». La société IMEDA est contrôlée par deux proches, anciens membres des cabinets ministériels sous des gouvernements de gauche ou droite : Jacques Beaudouin, de l’équipe Juppé, et Eric Danon, ncien directeur de cabinet du ministre socialiste de la Coopération Charles Josselin en 1999. Au retour aux affaires de l’icône du « Sans Frontiérisme », Eric Danon sera nommé ambassadeur extraordinaire à Monaco, et Jacques Baudouin, responsable de la presse et de la communication au cabinet de Bernard Kouchner devenu Ministre des Affaires étrangères. Rien d’illégal, mais « pas sain ».

Dans cette affaire, la chronologie des faits est capitale… Le 21 mars 2007, l’ex-French doctor en chef rencontre, lors d’une visite privée à Paris, le président Omar Bongo Odimba. Le « bon Docteur » Bernard Kouchner aurait apporté sa « caution morale » au projet de réhabilitation des hôpitaux gabonais d’IMEDA. Le 3 août 2008, alors que son ancien consultant est devenu ministre des Affaires étrangères et nouveau patron, 5 jours avant d’être nommé officiellement à Monaco, Eric Danon envoie un fax lourd de sous-entendus au trésorier payeur général du Gabon, Blaise Loembe, pour réclamer le reliquat des paiements d’ IMEDA et Africa Steps soit 817.000 Euros. Le 25 mai 2007, Bernard Kouchner, ministre des Affaires Etrangères, « a eu l’occasion remettre la question sur le tapis » du président Bongo en visite en France. Le 7 septembre 2007, officiellement ambassadeur extraordinaire à Monaco, Eric Danon envoie un autre fax au trésorier gabonais dans lequel il rappelle les assurances du président Bongo et du ministre d’Etat Paul Toungui. Dommage que ces fax (ainsi que les factures) ne soient pas publiés en annexes…

Paradoxalement, l’iconoclaste, ce n’est pas Pierre Péan, l’auteur de Le monde selon K, mais son Excellence Bernard Kouchner. Ainsi l’ex-french doctor déclare au quotidien Le Parisien du 10 décembre 2008, jour anniversaire du soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’homme : « Je pense que j’ai eu tort de demander un secrétariat aux Droits de l’homme. C’était une erreur. » Par ces mots, il brise lui-même l’icône de l’humanitaire, et déchire son image, son arme lourde dans les guerres médiatiques humanitaires. Outrances et excès verbaux propres aux « nouveaux convertis » et beau cadeau d’anniversaire à la secrétaire d’Etat Rama Yade : adieu l’humanitarisme, ce « Tout-humanitaire », vive la Realpolitik. L’essayiste, anthropologue et démographe Emmanuel Todd écrit joliment que « Bernard » est passé de « médecins sans frontières » à « militaires sans frontières » : de MSF à msf. De la majuscule à la minuscule… Mais le « Sans-frontiérisme » financier est « aux frontières de la morale », comme l’a écrit le quotidien Libération. Le culte du bénévolat des origines n’est plus qu’une lubie de la nuit des temps de l’humanitaire, les nuits biafraises, désormais réservé aux « belles âmes » attardées.



Une énigme demeure. Qui sont les corbeaux ? Les « gorges profondes » ? On reste sur sa faim. Et on a faim en Afrique…



Par Bolya Baenga, écrivain congolais, dernier ouvrage paru la profanation des vagins, le Serpent à plume, 2005.



http://www.afrik.com/article16298.html

le passant

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